Kinshasa, 21–22 juillet — Face à la multiplication des intimidations, menaces et poursuites parfois abusives visant les journalistes qui enquêtent sur les questions environnementales, l’ONG Mkaaji Mpya a réuni, les 21 et 22 juillet à Kinshasa, des journalistes spécialisés, juristes, représentants de la société civile et acteurs étatiques pour une table ronde consacrée à leur protection juridique. Vingt participants ont pris part aux débats portant sur les risques encourus et les mécanismes de défense à mettre en place.
Insistance sur le code déontologique et les droits garantis par la loi
Lors de son intervention, Jasbey Zegbia, Secrétaire général de l’Union nationale de la presse congolaise (UNPC), a placé le code déontologique du journaliste congolais au cœur de la stratégie de protection. Il a rappelé que ce code constitue « le premier rempart pour l’auto‑protection du journaliste », en guidant les pratiques professionnelles et en réduisant l’exposition aux poursuites fondées sur des irrégularités procédurales. Pour M. Zegbia, le respect strict de ces règles éthiques renforce la crédibilité des enquêtes et offre une défense solide face aux accusations.
Le Secrétaire général a également insisté sur l’application, par la justice, des dispositions de l’ordonnance‑loi 23/009 du 13 avril 2023. Il a notamment souligné deux droits essentiels pour la pratique du journalisme d’enquête : le droit de réponse, qu’il a qualifié de « réparation légale d’un délit », et le droit d’accès à l’information détenue par les autorités publiques. Selon lui, ces garanties légales doivent être effectivement mises en œuvre pour permettre aux journalistes d’exercer leur mission d’information sans subir d’entraves illégitimes.


Cellule juridique et assistance rapide
Les organisateurs ont présenté la cellule juridique créée par Mkaaji Mpya, conçue pour accompagner et défendre les professionnels des médias intervenant dans le secteur environnemental. Destinée à fournir une assistance rapide, professionnelle et adaptée au terrain, la cellule vise à empêcher que des pratiques journalistiques ne se transforment en infractions procédurales, notamment lorsque les contraintes d’enquête rendent difficile le respect de toutes les formalités administratives. « Quand un journaliste mène une investigation, il n’a pas toujours le temps de remplir toutes les démarches administratives », a rappelé Maître Patrick Thamaya Tshondo, membre de la cellule, justifiant la nécessité d’un appui proactif.

Thèmes abordés et enjeux

Les deux jours de discussions ont couvert des sujets sensibles : risques juridiques liés aux enquêtes sur l’exploitation minière au regard du Code minier, stratégies de réponse aux poursuites et intimidations, ainsi que les problématiques environnementales elles‑mêmes — exploitation minière illégale, déforestation, conflits fonciers et droits des communautés locales et peuples autochtones.
Représentant le ministère de l’Environnement, Daniel Mukubi, chef de division changement climatique, a rappelé l’enjeu social des reportages environnementaux : pollution de l’eau, terres dévastées, déplacements forcés et violations liées à l’exploitation des ressources. « Vous, journalistes, êtes les gardiens de la conscience collective », a‑t‑il déclaré, enjoignant les professionnels à enquêter sans céder à la peur et en appelant à des mécanismes de protection effectifs.

Outils pratiques et solidarité

Parmi les réponses proposées figurent la mise à disposition d’un guide pratique, « Conect Journalist », destiné à signaler menaces, harcèlement et violences basées sur le genre; la mise en place de réponses rapides et d’une assistance juridique permanente; et le renforcement des réseaux de pairs pour partager expériences et bonnes pratiques. Les intervenants ont insisté sur la solidarité comme stratégie de protection : isolé, un journaliste devient plus vulnérable; soutenu par une équipe d’avocats et d’institutions, il est plus difficile à réduire au silence.

Recommandations et engagements

À l’issue de la table ronde, les participants ont formulé des recommandations visant à améliorer la sécurité juridique des journalistes environnementaux et à sensibiliser davantage les acteurs concernés aux droits des journalistes, en particulier ceux garantis par l’ordonnance‑loi 23/009. Mkaaji Mpya s’est engagé à traduire ces recommandations en actions concrètes via sa cellule juridique, avec l’objectif de construire « un bouclier » collectif autour des journalistes.

La voix de l’UNPC pour l’application de la loi

L’intervention de Jasbey Zegbia a donné une dimension institutionnelle à la rencontre, en rappelant que la protection des journalistes ne relève pas seulement d’initiatives privées mais demande l’application effective des lois et standards professionnels. En insistant sur le respect du code déontologique et des dispositions de l’ordonnance‑loi 23/009, M. Zegbia a appelé magistrats, autorités et détenteurs d’informations publiques à garantir les droits des journalistes pour permettre une presse d’enquête sûre et indépendante.
La table ronde marque une étape importante dans la construction de dispositifs de protection pour les enquêtes sur les ressources naturelles en RDC. Les organisateurs espèrent que médias, acteurs juridiques et pouvoirs publics poursuivront cette dynamique afin d’assurer des conditions d’investigation sûres et durables.
Unpc

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